Et si, pour une fois, on disait du bien du négoce ?

Il est de bon ton chez les pseudo amateurs de vin (vous savez, ceux qui savent tout) de décrier – de dénigrer par la même occasion – le négoce qui, à leurs yeux d’experts suffisants rassemblerait tous les vices de la terre. Au hasard des anathèmes relevés çà et là: le négoce ruine le vigneron en maintenant les prix par le bas, il truande le consommateur, il utilise les pires artifices chimiques pour maquiller les vins médiocres, il banalise les vins au lieu d’en souligner les caractères, il prétend œuvrer pour le bon alors que c’est impossible dès lors que certaines cuvées dépassent le million de bouteilles, il fait passer le commerce avant la qualité, j’en passe et des meilleures.

C’est simple, chaque fois qu’il m’arrive d’aimer et de mettre en avant un vin issu du négoce, j’essuie les sarcasmes des uns de des autres pour des raisons le plus souvent aussi idiotes que futiles. Résultat, on en vient à détester des marques comme Castel, Jeanjean, Duboeuf, Mouton Cadet, Faiveley, Bouchard, Perrin, Chapoutier, Guigal, Gratien & Mayer, Antinori, Gaja, Marqués de Caceres, Torres, sans oublier toutes les grandes maisons de Champagne ou de Porto ! Les mêmes pourfendeurs du négoce sont pourtant les premiers à faire leurs grosses commissions chez Carrefour ou dans une autre grande enseigne de la GD où ils auront l’impression de tout payer moins cher qu’ailleurs.

En clair le mot « négociant » serait maudit, banni des discours œnophiles, symbole d’un ravageur capitalisme sauvage, chargé de trafics en tous genres, un monde polluant, dégradant, un univers entaché de tous les vices. Au point que la plupart des responsables de ce métier n’emploient que très rarement le mot de négociant dans leurs discours ainsi que dans leurs brochures grand public. Bizarrement, cette attitude est aussi valable au sein du mouvement coopératif qui – est-ce un hasard ? – se conduit de plus en plus en négociant. Alors, cachez ce mot (coopérative ou négoce) que je ne saurai voir.

Et si, pour une fois, on employait un autre ton, un tout autre son de cloche en disant du négoce rien qu’un peu de bien ? Juste de quoi se convaincre, dans cette étouffante et envahissante atmosphère défaitiste qui nous caractérise, nous Français, si on tentait donc de saisir son utilité, sa créativité, sa nécessité. Ces dernières années, j’ai découvert – redécouvert serait le mot plus approprié – qu’en matière de vins, le négoce avait non seulement un poids considérable, mais que les hommes ou les femmes qui en sont en charge, méritaient un sacré coup de chapeau.

Vouloir casser du sucre sur le dos d’entrepreneurs qui, non contents d’embaucher, développent des sociétés de renom capables de porter très loin les couleurs du vin made in France, je trouve cela carrément injuste. C’est aussi profondément ringard et passéiste de croire qu’en passant des accords de partenariat avec des vignerons indépendants ou des coopératives le négoce saperait les fondements mêmes de la viticulture. En plein essor au sein du négoce actuel, cette tendance au rapprochement avec le vignoble, la source du vin en d’autres termes, donne, un peu à l’image du Champagne, des résultats intéressants avec, rien que pour le Languedoc et le Roussillon.

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